02: Binic à Portrieux/St Quay

D’un port à l’autre

 

DIDIER HEUMANN, ANDREAS PAPASAVVAS

 

 

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.

Pour ce parcours, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-binic-a-st-quay-portrieux-casino-par-le-gr34-103317166

Ce n’est évidemment pas le cas pour tous les pèlerins d’être à l’aise avec la lecture des GPS et des cheminements sur un portable, et il y a encore en France de nombreux endroits sans connexion Internet. De ce fait, un livre sera publié bientôt sur Amazon pour traiter ce parcours.

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

La Bretagne est la petite sœur de la Grande-Bretagne. A l’époque gauloise, puis gallo-romaine, l’Armorique (du celtique Armor, qui veut dire “ près de la mer” désigne un territoire correspondant à l’actuelle région bretonne et à une partie des Pays de la Loire et de la Normandie. Quant à la Bretagne, Britannia en latin, c’est la Grande-Bretagne actuelle, peuplée de britons. Puis, du IVème au VIème siècle, les Angles et les Saxons, des barbares, conquièrent la Britannia. Alors, les Les Britons traversent la Manche, pour se réfugier chez leurs cousins, les Armoricains. Leur afflux est si massif qu’n nomme alors l’Armorique par “ Petite Bretagne” (Britannia minor), puis Bretagne. L’ancienne Bretagne est alors appelée Grande-Bretagne (Britannia maior). Cela doit faire plaisir à Madame Le Pen de savoir que les bretons sont des anglais, non ?

Aujourd’hui, comme la veille, le parcours traverse le Goëlo (Goueloù, Goelo, ou Bro-Oueloù en langue bretonne), un pays qui comprenait le nord-ouest de l’ancien évêché de St Brieuc jusqu’à l’embouchure du Trieux, où l’évêché de Tréguier possédait le reste de la côte jusqu’à Lannion. Toute la baie du Goëlo, est connue pour ses épisodes de grandes marées et la coquille Saint-Jacques est la reine de la baie. Si toute cette côte s’impose comme le royaume de la mytiliculture avec la coquille Saint-Jacques et les moules de bouchot, on trouve aussi des huîtres, des berniques, des ormeaux, des palourdes, des amandes de mer, du tourteau, de l’araignée de mer, des crevettes, de la seiche, ou du calmar. Chez les poissonniers, on trouve du congre, du maquereau, de la sole, du carrelet, du grondin rouge, du turbot, du St Pierre ou plus rarement du loup.

Ici, la mer est omniprésente. Elle a forgé l’histoire et le caractère des hommes. Le Goélo domine une mer hostile, sur une côte sauvage, escarpée et découpée. C’est souvent un sentier superbe qui vous attend, entre landes et rocs, le long des promontoires escarpés ou des criques de sable ou de galets.

L’étape est courte, car sur le GR34, si on le suit de manière continue, on est souvent conditionné par les possibilités de trouver un logement, à moins que l’on voyage avec sa tente, ou que l’on se contente de faire de petites étapes passagères, lorsqu’on est en vacances dans le pays. Mais alors, cela demande de l’organisation, puisque dans toute la région, et c’est généralement le cas en France, il n’existe aucun moyen de transport public. Triste réalité !

Difficulté du parcours : Dans cette courte étape, les dénivelés sont doux (+244 mètres/-239 mètres). Mais, par endroits, cela reste c’est un parcours-passe-pattes, qui monte et descend toute la journée. Il y a de nombreux escaliers. Mais, la pus haute altitude ici n’est que de 37 mètres au-dessus du niveau de la mer. Rien n’est jamais plat, alors que vous marchez au bord de la mer. La géographie et la géologie en sont pour beaucoup.

 

Dans cette étape, les passages sur chemin dépassent nettement ceux sur le goudron :

  • Goudron : 3.4 km
  • Chemins : 6.2 km

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.

Pour les vrais dénivelés, relisez la notice sur le kilométrage sur la page d’accueil.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

 

Section 1 : Par monts et par vaux et près des plages.

 

Aperçu général des difficultés du parcours : succession de légères montagnes russes.

Repartons du très beau centre de Binic. Ici, on peut passer par la passerelle et gagner le port, ou alors suivre le quai.

La route contourne le port et le phare, passe par la partie du port où sont rangs les petits bateaux de pêcheurs. D’ici, en saison, des bateaux partent aussi vers l’Île de Bréhat.

Au bout du quai, une direction est donnée pour la Plage des Gobelins, à une bonne heure d’ici, et peu après pour le port de Portrieux. Aussitôt, le GR34 part sur la colline au-dessus du port. Ici, les bancs de sable sont gris sombre.

Un chemin va monter sur la corniche au-dessus du port et se balader à la limite des maisons d’habitation, souvent égarées dans la végétation, qui donnent souvent sur la mer.

Il y a même un parc agréable sur les hauts de la cité.

Plus haut, le chemin quitte les dernières habitations. Le maquis breton s’est un peu civilisé, dira-t-on. Il y a des barrières de protection au-dessus des falaises.

Le chemin passe au-dessus de la Rogneuse, enlisée dans les sables. D’ici, on voit à l’horizon sur sa droite jusqu’à la baie de St Brieuc, et sur sa gauche on aperçoit la croix plantée dans la mer sur la plage des Corps de Garde, au niveau de la Pointe du Trouquetet.

Alors, le chemin ocre et sablonneux se met à monter plus sérieusement dans le maquis.

Mais, la montée est brève. Aussitôt après, le chemin redescend de la corniche pour passer à deux pas de la Pointe du Trouquetet, un ancien corps de garde. Ici, beauté, douceur et charme sont de mise dans les bancs gris de sable.

Depuis la Pointe de Trouquetet, on voit au loin le port de Pontrieux.

Il commence par monter dans le maquis où dominent les ajoncs, avec par ci par là un pin qui a trouvé sa place au hasard des vents.

Il musarde dans le maquis parfois plus dense, plus vert aussi, avec parfois un regard sur les bancs de sable au-dessous.

Après un court plateau, les arbres réapparaissent et le chemin redescend vers la mer. Il y a parfois un passage étroit qui permet de gagner les plages. Si vous ne voulez pas suivre le chemin, ici vous vous dites qu’on pourrait tout aussi bien continuer sur la plage. Elle a l’air plutôt rassurante par ici. Mais, ce ne sera pas longtemps le cas. Il y a des falaises plus loin.

Car le GR34 va s’éloigner de la mer, gagner des lotissements de Etables-sur-Mer. Alors, vous passez des pruneliers sauvages aux treillis des maisons.

En vous faufilant entre les maisons, vous aurez même le plaisir d’escalader un escalier de bois.

Encore un court passage entre les grilles et les tranchées…

…avant de s’aérer et d’envisager la descente vers la plage.

Après cette petite visite de la périphérie de Etables, le GR34 nous propose (sans doute est-il passé par là pour nous donner ce plaisir !) de dévaler la longue série de marches d’escalier qui descendent à la plage. Vous vous rendez vite compte que vous êtes bien au-dessus de la mer.

A mi-descente, le regard plonge sur la plage des Godelins, la grande plage de Etables-sur-Mer.

Une autre série d’escaliers permet de gagner la plage et ses cabines bleues.

Section 2 : En route vers Portrieux.

 

Aperçu général des difficultés du parcours : succession de légères montagnes russes.

La plage est immense, à marée basse, quasi plate. Peut-être qu’à marée basse, il est possible de gagner Portrieux en suivant les bancs de sable et les petits rochers. Mais, ne partez jamais à l’aventure. Vous pourriez être forcé de faire marche arrière. Les organisateurs du GR34 ont pensé pour vous.

Dans l’arrière-été, une fois les plagistes envolés, tout se ferme presque sur la côte bretonne. Une route part au-dessus de la plage, pour une courte durée…

…avant de retrouver un étroit chemin qui repart dans le maquis, parfois à la limite des maisons. Ici, nous sommes à 1 heure du port de Portrieux.

Au départ, le chemin a l’air de rien.

Parfois, le chemin joue même les yoyos avec les escaliers, mais tous ces mouvements sont de courte durée, car dans l’ensemble ici, le parcours est devenu assez calme. Une remarque toutefois. Les calculateurs de dénivelés sur Internet ne sont pas assez précis pour dénicher tous les détails sur quelques mètres. Alors, ils peuvent sauter à pieds joints sur la subtilité présente, et ne mesurer aucun dénivelé. Dès lors, dans une étape casse-pattes comme celle-ci, où le chemin ne fait souvent que monter et descendre toute la journée sur de courtes distances, ajoutez mentalement quelques centaines de mètres aux chiffres que l’on vous fournit. Vous serez plus prêt de la réalité. D’ailleurs vos articulations vous le feront savoir.

En dessous, des locaux armés de sauts sont à la pêche de leur repas du soir entre sable et eaux de surface. Le littoral ici est largement accessible aux baigneurs, aux sportifs, aux ramasseurs de coquillages et autres randonneurs.

Mais pas partout ! Il y a parfois des rochers et des falaises. A l’horizon, le port de Portrieux se dessine derrière les arbres.
Puis, une croix de granite sur un socle de granite, du côté de l’Aire de la Chapelle. En Bretagne, les croix sont généralement longues, avec des bras courts. A côté, un escalier qui remonte. Encore un qui sera ignoré par les moteurs de recherche de nombreux faiseurs de dénivelés !

Le chemin arrive au sommet de la butte, mais ici, les buttes sont raisonnables, même si le parcours ne fait que monter et descendre.

D’ici, on a devant ses yeux, derrière le lierre, le port de Portrieux, mais c’est encore loin d’ici. Nous sommes par contre à deux pas de la plage du Moulin

Le chemin descend alors vers la plage du Moulin, entre les colonnes de pins majestueux qui défient le ciel.

Ici, on se contentera de guigner la plage derrière les grands frênes. Le sable pourtant paraît accueillant

Le chemin musarde alors un peu dans le maquis sous des souches d’arbres morts qui font comme ses sépultures. C’est toujours très beau le bois mort en forêt.

A l’écart du chemin, repose une très belle croix sous les érables.
Au bas d’une descente peu exigeante, le chemin rejoint la route qui mène à la plage du Moulin. Et c’est le retour de la civilisation.

Un panneau annonce Portrieux à une vingtaine de minutes d’ici. Ici, le GR34 traverse le ruisseau du Ponto, le seul ruisseau que vous verrez aujourd’hui, et encore avec si peu d’eau.

Le GR34 s’engage alors sur le Chemin de la Corniche.

Sur la route, quelques magnifiques demeures, surtout bretonnes, qui pourraient faire des envieux, se cachent ici dans une végétation où dominent les pins, les érables et les chênes.

Du Chemin de la Corniche, la route descend vers Portrieux.

Ici, nous arrivons juste au-dessus du port.

Aujourd’hui, Portrieux et St Quay ne sont plus qu’une seule ville (3’100 habitants). Quel que sera le choix de votre logement, de ce côté de la ville, ou de l’autre côté, ou au centre-ville, vous devez revenir ici pour ne pas manquer la belle promenade qui contourne la ville par la mer et qui mène à St Quay, de l’autre côté de la crique.

Que vous ayez passé la nuit à Portrieux ou à St Quay, il est bien de repartir du port du Portrieux pour ne pas manquer la belle balade autour du promontoire qui encercle la ville. Aujourd’hui, le temps est doux, mais moins clément. On annonce même de la pluie. Le port du Portrieux est un grand port de plaisance, qui jouxte le grand port de nature plus commerciale. Les deux ports sont quasi contigus.

Le GR34 quitte le port au bout de la jetée, par un court escalier qui monte sur la corniche.

Section 3 : La belle balade autour de Portrieux/Saint Quay.

 

Aperçu général des difficultés du parcours : succession de légères montagnes russes.

Ici, les édiles ont fait fort en dessinant un merveilleux chemin ceint de barricades blanches. On voit rapidement devant soi l’Île de la Comtesse et le phare au bout du cap.

Vous allez imaginer que c’est plat par ici. Non, le chemin descend et monte sans arrêt. Il descend d’abord près d’une des plages de la cité, puis remonte un peu en direction de l’île. Parfois, on a le sentiment que la ville a gardé ses anciennes garnisons, ce qui n’est pas le cas, mais les murs sont massifs, et les maisons souvent cossues sur les hauteurs, même les résidences secondaires.

Ici, quand le chemin passe tout près de l’île, se dresse un bâtiment mauresque, aujourd’hui un hôtel. Ce bâtiment, ainsi que l’île ont toute une histoire. Sur l’îlet, que l’on peut gagner à marée basse, se dressent des vestiges qui ne sont pas les ruines originales d’un château dont une comtesse était propriétaire au XIIIème siècle, d’où le nom de l’île. Après plusieurs épisodes, arrivèrent ici au début du XXème siècle la Comtesse de Calan et son époux, haut fonctionnaire de France au Maroc. Ces gens avaient un goût prononcé pour l’architecture mauresque, comme le témoigne l’hôtel d’aujourd’hui. Su l’île, il ne reste plus que quelques murs.

Le chemin longe la corniche, se rapprochant progressivement du sémaphore. Ici, la mer butte avec fracas contre les roches.

Le chemin descend bientôt au bord de l’eau, dans les gros rochers de granit couverts de mousse.

Le chemin remonte assez sèchement sur des escaliers pour passer au-dessous du sémaphore, un ouvrage militaire aujourd’hui. Les Romains avaient déjà installé une tour de guet sur la Pointe du Sémaphore. Idéalement placé en un endroit où la côte peut être surveillée sur des dizaines de lieues, devenu par la suite cabane de douanier, cet édifice disparut au début du XVIIIème siècle. Un premier sémaphore fut construit en 1860 et le bâtiment actuel vit le jour en 1986

Maintenant, le temps se lève. Ici, on se retrouve alors de l’autre côté de la ville, du côté de St Quay, après en avoir contourné le promontoire.

Le chemin descend ensuite vers le centre-ville, où, chemin faisant, se cachent parfois de belles demeures. Il faut dire que les barrières blanches donnent à toute cette promenade un plus.

Il faut monter un peu de la mer pour voir l’église, un bâtiment massif de style néo-gothique, construit à la fin du XIXème siècle. Le patrimoine de Saint-Quay Portrieux est riche de chapelles, calvaires, lavoirs et manoirs.

Nous arrivons alors près des plages du centre-ville, là où se dressent le casino et le palais des congrès. C’est surtout après la première guerre mondiale que la ville vécut un essor touristique faste. On y aménagea le port, construisit hôtels, casino, cinéma. Le casino était à double usage, salle de jeu et thalassothérapie à l’étage, un des pionniers de ce style en France. Le faste fut à l’époque où résonnait le charleston. On venait de Paris ici pour frimer, jouer, comme on allait aussi en Normandie. On dit que c’est ici que Joséphine Baker aurait englouti sa fortune.